Adolphe Sallano, la Somme, 1916

jeudi 7 février 2013
par  GeneO

SALLANO Adolphe Pierre

Une histoire

Fin mars 1869, deux familles notables, s’allient et consolident un peu plus leur assise sociale et économique, le mariage se déroule d’ailleurs en présence de nombreux témoins. L’épouse, Ernestine Diriart, est fille d’une famille bien connue pour son activité notariale qu’elle exerce depuis plusieurs années à Saint-Palais. Son père, Jean-Claude, mort en 1851, puis Pierre-Adolphe et Pierre-Gustave, ses deux frères, tiennent en effet de main de maître la première étude depuis 1816. L’époux, Arnaud Sallano est né à Bustince-Iriberry en 1821 [1] (l’on notera au passage les 19 années qui séparent les futurs (Ernestine est née en 1840), fils du greffier de la Justice de Paix de Saint-Jean-Pied-de-Port. Les deux professions que nous venons de citer n’étant pas sans relations, il est facile d’imaginer que des projets d’union aient pu voir le jour dans un contexte qui finalement rapprochait professionnellement les deux familles. L’acte de mariage, précise qu’Arnaud est domicilié à Bordeaux, propriétaire rentier tout comme ses deux frères et témoins.

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Acte de naissance d’Arnaud Cazenave dit Sallano, Bustince-Iriberry, 1821
@CG64, SDA, 5 MI 155
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Arbre généalogique, familles Sallano-Diriart

Nous retrouvons le couple à Aïcirits, installé à Lamerenx en 1873 pour la naissance de leur fils Adolphe Pierre le 6 janvier. Caroline, née en 1875, Catherine-Louise née en 1879 (qui ne vivra que deux mois), Gustave né en 1880 et Antoine-Ernest né en 1882 (mort en 1891 à l’âge de 9 ans) suivront.

Les recensements d’Aïcirits, remarquablement bien conservés, permettent de suivre attentivement la famille de 1876 à 1911 et d’en retracer le parcours. La famille vit dans une certaine aisance et emploie plusieurs domestiques. C’est après la mort de son père en 1896, qu’Adolphe, l’aîné exploite une scierie mécanique en tant que propriétaire. C’est une responsabilité précoce et certainement une lourde charge pour ce jeune homme, qui assure ainsi l’avenir et la position de sa famille proche : sa mère, sa sœur et son frère. Cette responsabilité lui est d’ailleurs légitimement reconnue quand il est temporairement déchargé de ses obligations militaires lors de l’appel de sa classe en 1893 : s’il est "propre au service", il en est néanmoins dispensé en tant que "fils aîné de septuagénaire".

Il ne s’agit pourtant que d’une brève échéance et fin 1894, Adolphe est incorporé dans le 49e régiment d’infanterie de Bayonne. En congé en 1895, il devient réserviste en 1897, non sans avoir accompli ses périodes d’exercices. Nommé caporal en 1899, il passe dans la territoriale en 1907 pour sept années de répit. Le 4 août 1914 il rejoint son régiment : le 142e RIT à Bayonne.

A la fin du mois d’août, le régiment quitte Bayonne en direction de Paris. Adolphe fait route en compagnie d’un autre Aiziriztar : Jean Moustrous.
En tant que territorial, le régiment aide à soutenir l’effort des combattants de l’active. Il organise les barrages de défense, assure le ravitaillement, consolide les places conquises. Cela ne l’empêche pas d’être violemment soumis au feu des tirs ennemis et de subir de lourdes pertes. 1916 est "l’année" de Verdun et de la Somme : il participe aux deux.


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En juin, le 142e est dans le secteur de Bray-sur-Somme, Suzanne et Maricourt. Dès le 1er juillet commence une longue série d’assauts et de confrontations toutes plus meurtrières les unes que les autres. "L’extraordinaire radicalisation de la violence de guerre" [2] inflige un nombre de morts inouï pour chacun des belligérants engagés et révèle une nouvelle forme de bataille, ce d’autant plus que 1916 marque le tournant d’une innovation technique : la guerre chimique. Le journal de Jean-Maurice Adde, commandant au 142e décrit la nuit du 25 juillet comme épouvantable et conclut ses notes du lendemain par un "quelle sale invention que ces gaz" [3].

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Adolphe Sallano, asphyxié, est transporté à l’ambulance 7/20 d’Etinehem, à quelques kilomètres : il y meurt le 25 pour aussitôt être enterré sur place, au cimetière dépendant de cet hôpital de campagne. Devenu nécropole nationale, "La Cote 80", il y repose désormais dans une tombe individuelle, numérotée 372.

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Source documentaires

Aux Archives départementales
Etat civil, Aïcirits, CG64, SDA, 5 MI 10
Etat civil, Aïcirits, CG64, SDA, 4 E 10
Etat civil, Saint-Palais, CG64, SDA, 5 MI 493
Etat civil, Bustince-Iriberry, CG64, SDA, 5 MI 155
Etat civil, Bayonne, CG64, SDA, 5 MI 102
Etat civil, Mauléon-Licharre, CG64, SDA, 5 MI 374
Etat civil, Méharin, CG64, SDA, 5 MI 375
Recensement de population, Aïcirits, 1876-1911, CG64, SDA, E dépôt Aïcirits, 1 F 2.
Registres matricules, CG64, SDA, sous série 1R (numérisée, consultable en intranet en salle de lecture des services de Pau et de Bayonne)
Minutes notariales, Sunhary, CG64, SDA, III E 18148
Sur Internet

SGA, Mémoire des Hommes

Historique du 142e RIT

Etinehem

Carnets de guerre sur la campagne 1914-1918

MemorialGenWeb, Nécropole nationale La Cote 80


Auteur : Isabelle Louradour


[1] Nous nous trouvons là face à un bel exemple de ce qu’est la généalogie en Pays Basque. Régie par l’importance du domonyne -du nom de la maison- elle complique à loisir la vie du chercheur, l’obligeant à faire maints recoupements entre les informations extraites des documents d’archives pour aboutir à l’édification d’un arbre soigneusement construit. Point de repos ici : la généalogie en Pays Basque ne peut souffrir d’aucune approximation ! Dans le cas qui nous intéresse , la substitution du nom Cazenave (lignée paternelle), au profit du nom Sallano (nom de la maison souche à Iriberry) a très heureusement présenté une énigme simple à résoudre : muni du précieux acte de naissance d’Arnaud en 1821, il suffisait de le tourner pour lire la petite note située dans sa marge. Conclusion : lecture et relecture dans les moindres détails, peuvent éviter dans bien des cas erreurs et errements ...

[2] "Les batailles de la Grande Guerre", G. Krumeich, S. Audoin-Rouzeau in Encyclopédie de la Grande Guerre, 1914-1918, Paris : Bayard, 2004, pp 299-311.

[3] Carnets de guerre sur la campagne 1914-1918


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