Anhaux : colonisation du pays de Quint

samedi 4 juin 2011
par  GeneO

Claude Lesgourgues nous livre ici quelques notes sur la colonisation progressive opérée par les maisons d’Anhaux sur le Pays de Quint. Il nous permet par ce biais, de comprendre un peu mieux les phénomènes d’extension et l’émergence des maisons neuves.

Notes sur la colonisation du quartier Aissarry en Pays Quint par les maisons d’Anhaux au XVII & XVIII° siècle

Depuis des temps immémoriaux, les maisons de la vallée envoyaient, en estive, paître leurs troupeaux dans le pays Quint qui, de ce fait, était temporairement habité. La coutume interdisait à ces bergers des maisons des hameaux de la vallée, de clôturer des parcelles et à plus forte raison d’y édifier des constructions. La rudesse du climat, l’éloignement de la maison mère, nécessita, malgré tout, de construire des cabanes qui la plupart du temps furent montées en pierres sèches. Pour pouvoir clôturer une parcelle, il fallait l’autorisation de la cour générale de la Vallée qui dépêchait deux jurats pour piqueter trois arpents de terrain environ. Ces clôtures, étaient fabriquées soit en pierres sèches, soit en végétations épineuses sèches. Les demandes de création d’enclos affluèrent, d’abord autour des agglomérations et proche des églises puis, de plus en plus loin vers le Sud.

Devant les difficultés d’autorisation, des clôtures sauvages, faites dans des zones discrètes mais toujours repérées, virent le jour. Cette situation amena des conflits, parfois violents, entre ceux qui voulaient s’installer dans ces lieux et les gens des hameaux qui voyaient d’un mauvais œil l’aliénation de ces terres d’estives. Ils en freinaient la colonisation au travers de la Cour Générale.

La protection des troupeaux, contre l’ours et le loup et les Espagnols, imposa de construire des abris, pour le bétail : les bordes. L’implantation de ces bordes, qui avaient une filiation directe avec les maisons des villages, fut le début d’une aliénation totale de ces espaces. Naturellement regroupées, toujours autour de points d’eau, elles formèrent des agglomérations de populations qui prirent des noms que l’on retrouve encore aujourd’hui.
Le XVII° siècle va donc voir les cadets, et très certainement les pasteurs, des maisons des 11 hameaux historiques de la vallée, clôturer les meilleures parcelles, les cultiver, y vivre à demeure, puis les agrandir en défrichant. De nouvelles maisons, à partir de ces bordes, naîtront puis s’émanciperont de leurs maisons mères et de leurs villages. La colonisation à partir de la paroisse d’Anhaux va se faire naturellement vers le sud, en suivant la ligne de crête Mounhoa-Adarza et échoir dans le quartier Aissarry, aujourd’hui territoire de Banca. Cette aliénation s’est faite sur deux zones : celle d’Udarbé et d’Oyhanpia, avec l’implantation des bordes Musquet, Lapharty et Eyheraçaina, la deuxième plus au Sud, au delà du col d’Uzkalepoa, à Eyharcéta par l’implantation des bordes Martinbels, Barnetche Irigaray et Uhalde.

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Dans ce contexte là, la maison Espil d’Anhaux, qui apparait dès 1350 comme fivatiére du Vicomte de Baigorry, va fortement implanter des dépendances dans la partie Nord du quartier d’Aissarry à Oyhanpia et Udarbé, avec la création de deux bordes, Sorhatepecoua (Musquet), Lapardy, puis plus tard Eyheraçaina, qui sera aussi un moulin, créée par Joseph Espil de Lapardy. Cette colonisation dans cette zone va se disputer avec la borde de Beguibels de Saint Etienne, forte elle aussi d’une trentaine d’hectares, et implantée dans ce même lieu. Par contre, mis à part le cadastre Napoléon de 1840, et deux mention au XIX° dans l’état civil, nous ne trouvons aucune trace d’une borde-habitée du nom d’Espila dans les diverses archives. Il semblerait donc qu’au XVIII° siècle elle était une dépendance de la borde de Lapardy géographiquement proche d’elle et aujourd’hui disparue.

Ainsi, à la mi XVIII° siècle, Lapardy et Musquet avaient un statut de borde-habitée. En ce qui concerne Musquet, un acte notarié institue l’abandon, par la veuve de Gratian d’Espil et son fil Domingo, de tous leurs droits au profit de Miguel le cadet ; et en 1720 Joannes d’Espil laisse, à titre de ferme, la borde de Lapardy au profit du maître d’Etchevers d’Anhaux qui était un parent par alliance. Il faut toutefois noter que si ces nouvelles dépendances devenaient des domaines à part entière, spirituellement, et jusqu’a la révolution, elles resteront rattachée à la paroisse de la maison mère de laquelle elles étaient issues, y compris pour le cimetière. C’est, fin du XVIII° siècle que Joseph Espil fils de la borde de Lapardy va, sur le ruisseau appelé Ilhandoy erreca en contrebas des bordes Musquet et Lapardy, bâtir une borde qui fera fonction de moulin : Eyheraçaina. Cette réalisation permettra à cette contrée de pratiquement vivre en autarcie.
Ce joseph Espil, meunier ira plus tard, avec d’autres associés, créer le moulin de Mairaenia dans le village. Il sera aussi l’instigateur de la construction de l’église de d’Itourrigorry et pour cela créera une division administrative de six quartiers, constituants aujourd’hui la commune de Banca. Ces six quartiers avaient chacun un procureur-syndic et l’ensemble un chef lieu appelé Ithurrigorry, avec un procureur-syndic général, charge dont il assurera la fonction. C’est pour cela que, lorsque la révolution créera la commune de Fonderie, il en sera naturellement le premier maire. Une de ses filles Marie Espil épousera un Jean Bergougnan de Saint Etienne et la fille aînée de ce couple, Vincente Bergougnan, émigrée en Argentine entrera dans la généalogie de Juan Peron le président Argentin. Contrairement à de nombreux articles de presse qui font naître la dite Marie Espil dans la maison Espila de Banca, nous constatons d’après sont acte de naissance que celle-ci naquit dans la maison Eyheraçaina le 20 brumaire de l’an 8 et que sa fille aînée, elle, naquit au village très certainement dans la maison Bichentenia qu’avaient loué ses parents. Malgré que cela soit une centaine d’années plus tard, le cadastre Napoléon nous donne une image de ce que fut l’emprise des Espil d’Anhaux dans cette zone, toutes terres confondues : Soratapia (Musquet) 24 hectares, Lapardy 17 hectares, Eyheraçaina, 30 hectares, Espila 10 hectares, soit plus de 80 hectares. Très certainement une autre maison, Arandoquy, aujourd’hui appelée Arraitenia, était issue d’Anhaux, mais nous n’avons aujourd’hui trouvé aucun document qui le confirme.

Plus au Sud vont s’installer quatre bordes venant de diverses maisons d’Anhaux. La plus importante est Martinbels (30 hectares cadastre ancien) issue de la maison Argal d’Anhaux, elle fut habitée au XVII° siècle car, dans les paroissiaux de Saint Etienne l’on trouve le 18 novembre 1700, le mariage de Martin Argal héritier de Martinbels d’Anhaux quartier Aissarry avec Jeanne Gaste de Petritzainarrena de St Etienne. Il devait avoir des relations avec les Espil car pour la rédaction d’un acte par devant Maître d’Apesteguy, en 1739, il est représenté par Pedro d’Espil. Autour de cette maison existait celle de Barnetche (10 hectares), d’Irigaray (7 hectares) et d’Uhalde (15 hectares), ces trois dernières, des maisons du même nom à Anhaux. Haira, dans le ravin du même nom, était également classée maison d’Anhaux dans une liste établie par Jean Etcheverry-Ainchart pour l’année 1787, toutefois nous n’avons aucun document qui nous le confirme. Uhalde sera, quant à elle, toujours affermée ; elle était toujours propriété des héritiers de la maison Uhalde d’Anhaux au moment de la création du cadastre. Cette contrée dut être disputée car, d’autres acteurs étaient présents en ces lieux, Tippitto de Saint Etienne, Erregue et Irabortcheta Sorhoeta-Irouleguy, Irigoin qui était peut être une dépendance d’Erregue. Si l’on se réfère au cadastre Napoléon de 1840 les maisons d’Anhaux auront aliénées environ 60 hectares toutes terres confondues dans cette contrée là.

Ces aliénations de terres amènent toutefois une question, comment au XVII° et XVIII° siècle, alors qu’à travers la cour générale les maisons de la vallée faisaient obstacle à toutes les implantations, ces maisons purent asservir tant de terre et y implanter des dépendances ? À moins que la colonisation du Quint fût aussi l’œuvre des grandes maisons et que les obstacles ne furent surtout dressés que devant les plus petites.


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