DAROSPIDE et DAROSBILLE : histoire de patronymes

mardi 7 décembre 2010
par  GeneO

DAROSPIDE et DAROSBILLE : histoire de patronymes

Par Lucie Delarosbil

Au départ, en 1777, il fut le seul homme du village de Paspébiac avec ce prénom : Bertrand.
On savait qu’il fut inscrit DAROSBILLE sur son acte de décès en 1802 à Paspébiac. Puis on
réussit à trouver son identité maritime, DARROSBIDE, qu’il dut porter pendant une
quinzaine d’années, de 1750 à 1765. Ensuite, on apprenait qu’il était né en 1733 sous le nom
DAROSPIDE à Bidart. Enfin, on découvrit que son arrière-grand-père qui décéda en 1691 à
Bidart s’était appelé Pierre de ROSPIDE.

Un DAROSBILLE à Paspébiac

Inhabitants of Paspébiac - 1777, le tableau du premier recensement de Paspébiac compte
l’ancêtre basque des DELAROSBIL, Bertrand. D’une part, son prénom est inscrit sous la
graphie « Bertran », sans sa lettre finale d’origine. D’autre part, une inscription à consonance
anglaise : « Danswille », traduite à la place de son nom de baptême : « Darospide », ou celui
sur le registre de la marine française : « Darrosbide », démontre une réelle difficulté pour
transmettre ce patronyme de façon unique.

« Danswille » aurait pu demeurer un patronyme pour tous les DELAROSBIL de Paspébiac,
mais la présence des prêtres missionnaires avait permis de rétablir et surtout de conserver la
basquitude de Bertrand et ses descendants, du moins grâce à plusieurs séries de documents
officiels en langue française : les registres paroissiaux. Rappelons-nous qu’en 1777, la
Nouvelle-France n’appartenait plus aux Français depuis près de vingt ans car les Anglais
avaient pris Québec le 13 septembre 1759 et que les habitants de Paspébiac vivaient sous la
domination de l’entreprise du Jersiais Charles Robin.

Plus tard, un autre document tentait de traduire, avec réussite pour certains, les noms des
habitants de Paspébiac en langue anglaise, bien que ce document porte le titre en français :
Plan du Banc de Paspébiac en 1787. Alors que Bertrand Darosbil y fut inscrit « Bertrant
Darusbile » d’autres furent littéralement anglicisés. Par exemple, les « Duguet » du précédent
document devinrent des « Duguay » ; les prénoms masculins : Mathieu, Jean, Pierre, Jacques
et François, des : Mathew, John, Peter, James et Francis.

Entre le 17 avril 1782 et le 6 mai 1802, Bertrand apparaît dans les registres paroissiaux de
Carleton, Bonaventure et Paspébiac sous les différentes graphies que voici : Bertran d’arosbil,
Bertran darosbil, Bertran Darosbile, Bertran Darosbil, Bertrand Darosbil, Bertrand de la
Rosbille, Bertrand Delarosville et Bertrand Darosbille. Ce dernier DAROSBILLE figure sur
son acte de sépulture.

Le 22 octobre 1797, la fameuse lettre « d » d’origine fut ajoutée à son prénom sur l’acte de
mariage de Marie, sa fille aînée. Deux mois plus tôt, le 14 août 1797, DELAROSBIL fut
introduit, écrit tel quel pour le baptême d’Isabelle, sa fille cadette née le 25 juillet.
DELAROSBIL ne refit plus surface avant 20 ans, soit dans l’acte de mariage de sa soeur
Hélène en 1817. Il revint définitivement dans les registres environ 65 ans plus tard, soit vers
les années 1882.

Entre temps, les noms des enfants des deux fils de Bertrand, Pierre et Adrien (qui avaient
quatorze ans de différence et qui assurèrent la descendance), connurent plusieurs variantes et
transformations. Entre 1800 et 1883, la lignée de Pierre oscillait sans cesse entre Darosbille,
Delarosbille et de la Rosby (ou Delarosby). Il y eut même une naissance inscrite sous le nom
de famille Rosbil en 1809. Cependant, dans la branche d’Adrien, entre 1812 et 1882, le nom
progressait plutôt vers Delarosbie (ou de la Rosbie), en passant par Delarosbille.

Un DAROSPIDE de Bidart

À Bidart, le phénomène s’opéra de façon quasi semblable dans la famille de Bertrand
DAROSBILLEDAROSPIDE. Ce dernier patronyme fut inscrit tel quel dans les actes de
baptême de Bertrand le 21 novembre 1733 et de son frère Pierre le 10 octobre 1739.

Le plus ancien document trouvé, portant la mention du nom de famille dans les registres de la
mairie de Bidart, fut l’acte de décès de Pierre de ROSPIDE sieur d’Etchepare, le 31 août
1691. Puis, le 28 janvier 1698, ce fut celui du mariage de Betri DARROSPIDE héritier
d’Etcheparea, de toute évidence le fils aîné du précédent sieur de la même maison. Suivirent
les actes de baptêmes des deux enfants de Betri : Magdalaine d’AROSPIDE née le 11 octobre
1698 et Bertrand DARROSPIDE né le 20 novembre 1702, ce dernier acte mentionnant le
parrain Bertrand DAROSPIDE. Ensuite, le 3 février 1704, arriva le mariage de ce dernier,
Bertrand DARROSBIDE fils d’Etcheparea, le frère de Betri. On remarque déjà les variantes
du patronyme d’origine en l’espace d’aussi peu que treize ans.

Plus tard, ce fut les mariages des enfants de Betri, Magdalaine d’ARROSBIDE héritière
d’Etcheparea le 17 février 1719 et Bertrand d’ARROSBIDE fils d’Etcheparea le 3 février
1733. Magdalaine apparaissait sur les actes de baptêmes de ses enfants sous la variante
DAROSBIDE et le nom d’origine de son grand-père Pierre. En effet, la seule fois que
ROSPIDE fut inscrit à Bidart durant ce siècle fut sur l’acte de baptême du fils aîné de
Magdalaine, Pierre d’Etchemendy, futur héritier d’Etcheperea né le 10 octobre 1720.

Par ailleurs, à la maison Itthurondoa, les dix enfants du sieur Bertrand DARROSBIDE furent
baptisés sous dix patronymes différents : Darrozbide, Darrotzbide, Darospide, de Harrotzbide,
de Harotzbide, Darrespe, de Harosbide, de Arrots-bide, d’Arrosbide et Darosbide. Aucun ne
fut inscrit sous le patronyme du père.

Dans mon article : « Retrouver la famille d’un ancêtre basque », quatre tableaux énumèrent
les naissances, mariages et décès dans ces deux familles avec la transcription des patronymes
tels qu’ils furent inscrits dans les registres de Bidart.