La famille Lawrance : des Etats-Unis à Pau

lundi 28 novembre 2011
par  GeneO

Guillaume de Louvencourt, metteur en scène, nous a confié l’histoire de sa famille : les Lawrance. Pour ceux qui habitent ou connaissent bien Pau, cette histoire ne va pas manquer de les intéresser car elle raconte une époque, richement illustrée par de magnifiques photos. Nous remercions M. de Louvencourt pour la confiance qu’il nous a témoignée en nous confiant ses documents.

Francès Lawrance

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Lawrance Susan Ridgway Willing
Lawrance Susan Ridgway Willing, future épouse Lawrance dans sa robe de mariée, en compagnie de sa soeur Ava

Le 3 novembre 1899 à 11 heures du matin à l’église de la Trinité de Newport, Francis Cooper Lawrance épouse Susan Ridgway Willing. Ce mariage, c’est l’union de deux familles célèbres et puissantes aux Etats-Unis. Pour l’occasion, Ava, la soeur de la mariée, a demandé à son richissime mari, le Colonel John Jacob Astor IV de prêter gracieusement son immense yacht « Le Nourmahal » qui servira à transporter les nombreux invités jusqu’à la cérémonie religieuse qui sera célébrée par le révérend Henry Morgan Stone comme d’emmener les futurs jeunes époux pour leur lune de miel vers une destination lointaine, qui n’est connue que des anges.

Le soir, les invités ont le droit à un dîner très copieux, animé par les chanteurs du Quatuor de Sainte-Cecelia de Brooklyn. Le Colonel John Jacob Astor IV, ayant fait construire l’hôtel Astoria à New York deux ans plus tôt, ignore encore qu’il n’a plus que seize années à vivre avant de trouver la mort sur le Titanic ; son épouse (plus tard Baronne de Ribblesdale), elle ne s’imagine pas un seul instant que dans dix ans, John tombera dans les bras de Madeleine Force, une jeunette de dix-huit ans alors qu’il en aura 46.

Kathleen surnommée « Kitty » et Charles, les enfants du premier mariage de Francis Cooper Lawrance avec Sarah Egleston Lanier, décédée en avril 1894, sont aux premières loges et c’est un véritable bonheur pour eux de revoir leur père sourire dans les bras d’une autre femme…

Onze ans plus tard, Susan qui habite à Bayshore, un quartier de Long Island, avec son époux, met au monde une petite fille. On lui donne le prénom de Frances, une manière de rendre hommage à Frances Adélaïde Lawrance, née Garner, la grand-mère de Francis.

Le couple voyage beaucoup entre la propriété de Bayshore avec sa plage privée et vue imprenable sur les gratte-ciel de New York, Pau où la famille Lawrance s’est installée depuis 1893 (le domaine existe encore et porte d’ailleurs le nom de « Villa Lawrance ». Elle abrite le Cercle Anglais ainsi que le musée de la Résistance) et possède deux résidences dans le 16ème arrondissement de Paris, l’une, Avenue Hoche, l’autre, 23, rue Octave Feuillet.

Le bonheur n’est hélas, que de courte durée… Francis Cooper Lawrance décède à Pau le 18 mars 1904.

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Lawrance Francis Cooper Lawrance
Lawrance Francis Cooper Lawrance (Né à New York 1830-1911 mort à Pau)

Susan essaye d’oublier son chagrin avec l’affection des siens mais aussi avec son carnet d’adresses qui comporte un nombre important de personnalités de son époque. Elle multiplie ainsi les dîners avec Cocteau, Proust, Bonnard et bien d’autres personnes connues dans le milieu parisien et se fera faire le portrait en 1906 par le très perfectionniste Jacques Émile Blanche, qui demandera à revoir le tableau bien des années plus tard, avec la ferme intention de le retoucher, pensant y trouver de nombreux défauts…

9 mai 1919
Madame,
Pendant bien des mois, et presque des ans, je me suis demandé ce qui nous avait éloignés –sans que je me fusse avisé, malgré mon expérience de tantôt quarante ans, que ne fut l’éternelle affaire des portraits. On retrouve à Capri le portrais que je peignis de mrs Romaine Brooks, à son arrivée parmi nous. Ce portrait appartient maintenant à un collectionneur. Au moment où Mrs Brooks s’installa à Paris, ses nouveaux amis parisiens le lui firent cacher. Aujourd’hui il parait qu’on le trouve autre, puisqu’il me revint de tous côtés des éloges aussi exagérés, sans doute, que le « débinage » l’était à sa naissance. Mon atelier est peuplé de « laissés pour compte » comme on dit chez les couturières, et que les enfants des femmes représentées, commencent à me redemander. L’histoire se renouvelle, d’époque en époque.
Mais dans votre cas, il y a une grande différence : en effet, je vous ai supplié de vouloir bien me laisser revoir votre portrait. Je l’eusse probablement recommencé ; je ne sais jamais ce que vaut une de mes oeuvres, avant que quelques ans se soient écoulés et que j’aie une impression fraîche. N’étant ni présomptueux, ni susceptible (touchy) – le fait qu’une toile de moi disparaît de l’endroit où la politesse du modèle l’a accrochée, non seulement ne me désoblige pas, mais souvent me fait plaisir. Mais il me reste à vous demander une faveur que vous ne me refuserez pas, c’est de vouloir bien me confier votre portrait, sans le cadre, pour que je l’aie un peu sous les yeux, et m’en fasse une opinion. D’ailleurs, il n’est pas verni, j’ai toujours compté le retoucher. Enfin, sachez que je suis la dernière personne au monde, pour qui un incident aussi coutumier, aussi normal, me fit changer de sentiments à l’égard d’une personne qui n’a jamais été pour moi que bienveillante et délicieusement comme vous. La seule peine que vous puissiez me faire le serait d’en être, vous-même, gênée, et qu’il excitât entre nous le vague nuage.

Les années passent et Frances comme sa demi-soeur Kathleen, en âge de se marier, rencontrent les hommes de leur vie. Kathleen se marie le 21 septembre 1915 avec un dénommé William Averell Harriman. Elle sera sa première épouse ; suivront Marie Norton (qui possédera une très fameuse galerie d’art à Manhattan) et Pamela Digby (ancienne ambassadrice des Etats-Unis à Paris sous le Président Bill Clinton, décédée dans la piscine du Ritz en février 1997).

Du temps de son mariage avec Kathleen - qui mourut en 1936-, William Averell Harriman reprit les rennes de l’Union Pacific Railroad, compagnie de chemin de fer détenue auparavant par son propre père et qui fut le plus redoutable concurrent de la Sierra Railway, tout en dirigeant l’Illinois Central Railroad, entreprise du même ordre fondée neuf ans avant l’Union Pacific.

Sa vie n’allait pas se résumer à une carrière d’industriel, puisqu’il entra dans le monde politique avec un certain brio, allant jusqu’à se présenter comme candidat démocrate aux élections présidentielles en 1952 et 1956 avec l’aval du Président Harry Truman à qui succèdera Dwight David Eisenhower.

Frances, elle, attend de se marier un peu plus tard. Son fiancé André est au front, en train de se battre dans l’armée française avec ses deux frères, Casimir et Stanislas (Ce dernier engagé dans un régiment d’Infanterie à Soissons, devint rapidement caporal à 19 ans, avant de finir sous-lieutenant trente jours après. Sa compagnie qui comptait 127 hommes sera presque entièrement décimée. Il fera partie des dix-huit survivants.)


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