La mobilité géographique des Luhusoar

lundi 27 décembre 2021
par  GeneO

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La commune de Louhossoa, petit village frontalier de Labourd borné par la Basse-Navarre au Sud et par des plus grandes communes labourdines au Nord et à l’Ouest, est emblématique du Pays Basque français. Ayant une position centrale, et une population modeste, Louhossoa, ou Luhuso en basque, est l’idéale candidate pour étudier les mouvements de population et la mobilité géographique au sein du 64.
Depuis la fin du XVIIIe siècle, la commune a une population stable avec peu de variation, dénombrant aux environs de 500 habitants ; or, entre 1926 et 1954, Louhossoa voit une diminution de 93 habitants qui ne peut que s’expliquer par le phénomène d’émigration à une époque où le chômage se propageait dans les campagnes du Pays Basque (exacerbé par les difficultés de l’industrie minière de Louhossoa dès 1950).

Le long de cette étude, nous allons nous intéresser à la génération à la tête de cette émigration en s’appuyant sur les notes en marge des actes de naissances de Louhossoa entre 1883 et 1900. Ces notes en marge apportent des informations sur le lieu de décès et le lieu de mariage le cas échéant de l’individu concerné par l’acte. Parmi les 252 actes de naissances, seuls 145 indiquent des données utilisables, mais quelques nuances doivent être apportées aux résultats :
-  L’échantillon étant très petit, surtout avec les 107 données manquantes, ne peut pas donner une idée globale de la mobilité géographique au Pays Basque.
-  Dans les cas où un lieu de décès est manquant mais où le lieu de mariage est présent, nous allons nous référer au lieu de mariage.
-  Il y aurait sans doute une surreprésentation des villes, et des communes ayant plus d’infrastructures dû à leur taille, aux alentours de Louhossoa pour les lieux de décès (dont notamment Bayonne et Cambo-les-Bains ayant des centres médicaux mieux desservis).
-  Pour les données manquantes, on peut supposer qu’une majorité est restée à Louhossoa.
-  Les communes d’île de France vont être toutes englobées par "Paris" lors de cette étude (Clichy, Villiers-Saint-Frédéric, etc…)
-  Même si cette étude est imprécise, elle sert à répondre à plusieurs questions. Quelles étaient les principales destinations des émigrés de Louhossoa (et ainsi d’autres communes semblables) ? Est-ce que les destinations étaient concentrées en des communes hors 64 ? Jusqu’où était-on prêt à aller pour échapper aux problèmes économiques de la campagne Basque ?

Destinations

Tout d’abord, pour les destinations principales, les pôles de l’immigration, ou plutôt de la mobilité Luhusoar :

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Les communes ayant attiré le plus de Luhusoars (d’après 112 lieux de décès) sont alors Bayonne, Paris et Bordeaux, 3 grandes villes. Pourtant est-ce que cela veut dire que la majorité des Luhusoars ont voulu quitter leur département à la requête des métropoles nationales ?

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Les départements attirants le plus de Luhusoars sont alors les Pyrénées Atlantiques avec ⅔ des immigrés Luhosoars (communes très proches de Louhossoa facile à accéder), la Gironde (concentrée autour du métropole de Bordeaux qui n’est pas excessivement loin du 64), et l’île de France (évidemment concentrée autour de la plus grande ville de la France : Paris).

Certes, tout cela se fait à base des 112 actes de naissances qui font référence à un lieu qui n’est pas Louhossoa, avec seuls 32 actes qui indiquent une immobilité géographique (on naît à Louhossoa, on meurt à Louhossoa). Cela indiquerait une part de 78% la population qui quitte Louhossoa, absolument impensable. Il est difficile de corriger cette erreur étant donné le manque d’informations sur quasiment la moitié des individus nés à Louhossoa, et le fait que certains qui sont morts à Bayonne ou à Cambo-les-Bains ou à Hasparren auront sans doute passé la majorité de leur vie dans leur village natal.
Si nous estimons que tous les actes de naissances qui n’indiquent pas de lieu de mort ou de mariage révèlent nécessairement que l’individu ait passé leur vie entière à Louhossoa, on obtient une part de 112/252 environ 45% des habitants ; cela paraît plus cohérent étant donné la baisse de population des années 30 jusqu’aux années 50, surtout que la baisse doit aussi compenser la hausse de population générale dû au taux de natalité élevé du XIXe et début XXe siècles.
En utilisant une formule d’intervalle de confiance, on obtient un taux de mobilité entre 0,38% et 0,51%.

Tout ça pour illustrer que l’émigration n’était pas un phénomène rare au 64 du XXe siècle et qu’une majorité des émigrants restaient au sein de leur département natal : le 64.

Auteur : Jean-Max Fawzi (USA)
Projet Babel : http://projetbabel.org/etudes_basques/